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Comment perdre la guerre ?

Quelle chute à l’histoire industrielle ?

Paul Blume
co-animateur du groupe de réflexion 1

Comment ne pas être détruits par nous-mêmes ?
Nous menons une guerre contre la nature et si nous gagnons nous sommes perdus

Hubert Reeves
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Image Sasint – pixabay

Une fois l’élan pris, on n’a plus le choix. Rien ne sert de regretter l’impréparation; le possible mauvais calcul de la distance. Il ne reste que la possibilité de chuter et d’amortir le choc.

L’urgence est dépassée

Il devient de plus en plus compliqué d’évoquer :
la biodiversité 3, le climat 4, les épidémies 5, l’agriculture 6, l’alimentation 7, l’accès à l’eau potable 8, l’accès aux ressources 9, l’accès aux énergies fossiles 10, les pollutions 11, la finance internationale 12, … sans envisager des risques imminents d’effondrement.

Pourtant, les principaux courants de la pensée moderne semblent incapables d’intégrer cette finitude de la société industrielle. Les représentations politiques et sociales des philosophies nées pendant la croissance (l’élan…) continuent de chercher des réponses à des questions qui ne se posent plus.

Et de continuer de mener cette guerre mortifère à la nature…

On continue de tordre les réalités biologiques, chimiques, physiques au profit des idéologies consuméristes et au mépris de l’indispensable prise de conscience de l’instant historique (la chute en cours…). Les différents bataillons de l’écologie politique, les missiles bolsonaro-trumpistes, les diverses unités néo-libérales ou anti-capitalistes s’engagent en formations dispersées dans des batailles perdues d’avance.

Nous n’avons plus le temps !

Occulter l’état du terrain n’a aucun effet sur le pronostic de la bataille. Se priver d’un diagnostic empêche la recherche de potentielles adaptations. Que celles-ci relèvent plus de la médecine de catastrophe que d’une enthousiasmante villégiature n’y change rien.

Nous devons absolument perdre.

Nos munitions – CO2, pollutions diverses, atteintes à la biodiversité, épuisement des ressources … – se retournent contre nous. L’air que nous respirons, l’eau de pluie, les terres qui supportent notre agriculture, les océans de nos réserves halieutiques sont pollués. Vivre devient de plus en plus dangereux … 13

Désengagement unilatéral immédiat.

Perdre cette guerre, telle est notre gageure. Ralentir, s’arrêter, reculer avec humilité. L’homo économicus ne dominera pas la nature.

Il est plus qu’urgent de désengager nos GES (gaz à effet de serre), nos pollutions (microparticules, molécules diverses, pesticides, plastiques, engrais chimiques…), notre aviation (vacances, conférences, mini-trips, transport …), notre marine (macro-conteneurs, chalutiers industriels, villes-croisières, …) etc… ; de réduire drastiquement notre consommation d’énergies fossiles (transports, productions industrielles, agriculture mécanisée, …), notre occupation territoriale (béton, déforestations, routes, …).

La liste de ces indispensables désengagements est longue et les conséquences à court terme extrêmement peu enchanteresses. Cela implique d’énormes sacrifices. En terme de libertés, d’emplois, de qualité de vie, de confort.

Mais nous n’avons plus le choix.

Il n’y aura pas d’armistice ! Pas de négociations

En plus de la puissance de feu de ces armes qui se retournent contre nous, s’annoncent des basculements qui nous entraînent vers de profondes modifications des conditions même de toute vie sur terre.

Pour ne reprendre que l’aspect climatique, et ses conséquences directes, c’est l’habitabilité d’aires géographiques énormes qui est remise en cause. Sans compter que les zones les moins touchées vivront des écarts de températures et d’hygrométrie difficilement supportables pour l’être humain et cela plusieurs fois par an. 14

Tomber les armes. Assumer et s’adapter.

Il y aura de la casse, on le sait. Et qui viendra s’ajouter aux inégalités économiques et sociales déjà existantes. Aux conflits régionaux et aux guerres civiles. Aux injustices, à la paupérisation et aux famines.

L’enjeu est d’amortir, atténuer, s’adapter et éviter ce qui est encore évitable.

Les moyens dérisoires mais indispensables se nomment : entraide, solidarité, sobriété, ingéniosité, courage, humilité.

Avec quel commandement ? Quelles troupes ?

A voir les décisions des structures étatiques et supra-étatiques face à la pandémie de Covid-19, on peut raisonnablement se poser des questions quant à la responsabilité des femmes et des hommes censés orchestrer ce retournement de paradigme.

La part la plus importante des citoyennes et citoyens n’est, à l’évidence, pas non plus du tout partie prenante de cet ultime combat.

Mobiliser implique de conscientiser

Nous nous sommes gargarisés pendant des décennies d’économie circulaire, d’économie ou croissance verte, de transition positive, de résilience globale, de développement durable, d’énergies renouvelables, de gestes quotidiens, de sobriété joyeuse sans détourner, fût-ce de quelques millimètres nos canons de l’ennemi : la vie.

Soit nous mettons en place les parachutes, les canots de sauvetage, les abris, les procédures sanitaires, les répartitions des ressources, … avec comme objectif commun d’encaisser solidairement les chocs;
soit, comme nous le dit Gaël Giraud 15 :

… les images qui sont à la fin de la bible, dans le livre l’Apocalypse, ne seront plus à lire de manière allégorique, pour aider le lecteur à grandir spirituellement, mais de manière littérale, c’est-à-dire un véritable désastre humanitaire.

https://www.youtube.com/watch?v=l2RwN1U9lac
  1. http://cud.reseautransition.be/[]
  2. http://www.humanite-biodiversite.fr/article/hubert-reeves-invite-par-une-association-affiliee-a-la-notre[]
  3. Comment stopper la 6ème extinction de masse ? Jean Marc Gancille | TEDxRéunion[]
  4. Focus climat – plus de 2 degrés[]
  5. La destruction des écosystèmes par l’humain favorise l’émergence d’épidémies – Courrier international[]
  6. Notre système alimentaire actuel ne peut nourrir que 3.4 milliards de personnes de manière durable – Jonathan Paiano[]
  7. Le secrétaire général de l’ONU met en garde contre une crise alimentaire mondiale[]
  8. L’eau, élément essentiel de la solution aux changements climatiques – ONU[]
  9. En cinquante ans, l’extraction de ressources a plus que triplé dans le monde – Julien Guillot et Nathan Mann[]
  10. La crise du Covid-19 accélère le « déclin final » des énergies fossiles, selon Carbon Tracker[]
  11. Arctique: après le micro-plastique, les fibres de jeans – Bob Weber[]
  12. Le changement climatique causera la prochaine crise financière – Courrier international[]
  13. de futures zoonoses ?[]
  14. L’effondrement de la civilisation est le résultat le plus probable selon des climatologues éminents – pdf[]
  15. Gaël Giraud dans la veille documentaire[]