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Bravo les Makers

Paul Blume

Peu de chance d’oublier l’année 2020. Confrontées à un virus récalcitrant à nos réponses sanitaires, nos sociétés craquent économiquement, politiquement, socialement. A voir les réseaux sociaux, on peut également se poser des questions côté santé mentale collective…

Heureusement, comme souvent en cas de crise majeure, des femmes et des hommes se mobilisent pour essayer de trouver des moyens d’entraides.

C’est le cas des « Makers » qui se sont coordonnés à la vitesse de l’éclair « internet » – partout dans le monde – pour fournir aux hôpitaux du matériel (respirateurs de fortune,…), des pièces et des masques en urgence, et cela très souvent gratuitement.
En Belgique, voir https://resistancecovid.com/.

A la base, un cocktail bien intéressant de licences libres (open sources), techniques d’impression 3D (en trois dimensions) et de mise en réseau de personnes de bonne volonté, pour la plupart passionnées de ces « bricolages » modernes.

Et voici qu’à côté de l’industrie 3D (high-tech) sollicitée par la commission européenne [1], des réseaux citoyens se mettent en projet rapidement, efficacement et avec une générosité bien sympathique.

Dans une vidéo intitulée « Comment les makers ont créé une usine géante en une semaine contre le covid », Monsieur Bidouille nous explique le parcours d’une de ces initiatives :

En lisant de nombreux témoignages de par le monde, on ne peut que s’émerveiller de cette résilience [2 … 10].

Et se pencher sur quelques constats :

  • Gérer des communs sans privilégier le profit est possible. Exemple : Si nous bénéficions aujourd’hui de gels hydro-alcooliques peu chers, c’est grâce au comportement non-vénal d’un médecin suisse.
  • Les chaînes de « makers » démontrent qu’il est réalisable de tirer les coûts du traitement de certaines urgences collectives vers le bas.
  • La solidarité existe. On trouve finalement relativement facilement de l’humanité parmi les « sapiens sapiens ».

Si l’avenir reste inquiétant à bien des égards, bienveillance et coopération sont essentielles pour les adaptations en cours au monde d’après.

Merci aux « Makers » d’avoir montré concrètement les « possibles ».

Retrouvez le projet COVID19 – EvoCyclone
respirateur artificiel permettant 10 à 30 cycles par minute de Saïd Deraoui & Thierry Morea
https://github.com/libre/Evocyclone#covid19—evocyclone

Références :
[1] : Covid-19 : la Commission européenne lance un appel aux acteurs de l’impression 3D
[2] : Coronavirus : ces ingénieurs ont créé un ventilateur médical open source et facile à fabriquer
[3] : Coronavirus: «Aidez-nous à aider!», lancent aux autorités les «makers», prêts à fabriquer des masques en impression 3D
[4] : Coronavirus : transformer un masque de plongée en masque respiratoire via l’impression 3D
[5] : Coronavirus : des chercheurs tunisiens conçoivent un respirateur open source à imprimer en 3D
[6] : Coronavirus : une start-up bruxelloise adapte sa production aux besoins des hôpitaux
[7] : Coronavirus : Anthony se mobilise et fabrique des masques pour les soignants en impression 3D
[8] : La Francophonie se mobilise : Covid-19 3D-print project – impressions 3D
[9] : Des jeunes fabriquent des respirateurs artificiels ‘Made in Togo’ pour faire face au Covid-19
[10] : Sénégal : Des respirateurs crées à partir d’imprimantes 3D

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Recension

Comment sauver le genre humain

Essai politique
de Paul Jorion & Vincent Burnand-Galpin
Fayard, 2020.

Recension par Cédric Chevalier,
coauteur de Déclarons l’État d’Urgence écologique (Éditions Luc Pire 2020)

Pour Joseph Tainter, théoricien de l’effondrement, la théorie du conflit problématise l’État comme institution coercitive de la domination et de l’exploitation.

La théorie de l’intégration en fait une solution : l’institution consensuelle des intérêts sociaux partagés.

Dépassant ces visions limitées, le philosophe Michel Foucault rejette l’idée d’État comme trop abstraite et se concentre sur les modes d’exercice pratiques du pouvoir, la gouvernementalité.

Partageant le constat des risques existentiels, nos auteurs proposent ainsi une nouvelle gouvernementalité de l’urgence : un effort de guerre écologique via un État planificateur repensé.

L’ouvrage bousculera les certitudes des « collapsonautes » institutionnellement résignés. L’État étant l’organisation humaine la plus puissante de l’histoire, les dégoûtés doivent expliquer pourquoi ils l’abandonneraient aux dégoûtants.

Malgré une histoire étatique écodestructrice, Jorion et Burnand-Galpin écrivent qu’un État anti-collapse est encore possible, nécessaire et souhaitable.

Nous n’avons pas mille ans mais dix.

Avec un réalisme enraciné dans notre sol –les gens, idées et institutions tels qu’ils sont–, l’essai referme systématiquement des portes : déni, résignation, citoyennisme, survivalisme, révolution, abandon de la technologie et des marchés financiers, écologisme graduel, utopies ou eschatologies.

Exit bien sûr capitalisme, économisme et profit, vive une politique des fins et non des moyens. Une seule porte reste ouverte : nous vivrons ou nous périrons tous ensemble.

Le citoyen a besoin de l’État, l’État a besoin du citoyen.

Comme le dit Bruno Latour, le citoyen est la clef pour recharger l’État de nouvelles pratiques.

A lire d’urgence pour nous retrousser les manches et ne pas nous complaire dans le fatalisme.

L’État c’est nous.