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Consolider nos phares et nos clochers

« Ce serait une consolation pour notre faiblesse et nos œuvres si toutes choses devaient périr aussi lentement qu’elles adviennent ; mais il est ainsi, la richesse est lente, et le chemin de la ruine est rapide. » Sénèque, Lettres à Lucilius, n. 91

Paul Blume

Que l’on nous nomme collapsologues ou autrement, nous – femmes et hommes particulièrement attentifs aux signaux systémiques – sommes confrontés à une réalité qui dépasse l’appréciation inquiète que nous pouvions en avoir il y a cinq ans à peine. L’emballement tant redouté se matérialise sous nos yeux.

Le dessin de la courbe de Sénèque (illustration – réf : http://adrastia.org/effet-seneque/ ) mise dans le contexte de l’avenir de notre société industrialisée alerte les sens ; se tenir tout en haut, au début de la forte décroissance de la courbe, est tout simplement effrayant.

L’accélération de l’effondrement est vertigineuse.

Rappelons que si des penseurs ont, il y a déjà très longtemps, évoqué les potentielles limites à toute forme de croissance dans un environnement fini, les premières modélisations modernes de ces contraintes systémiques sur les activités humaines n’ont été publiées que dans les années septante (réf : http://meadows.cdeclin.be/). On n’y parlait pas encore du climat !

Les « trente glorieuses » étaient encore bien présentes dans la conscience collective.

Depuis, nous avons vécu des périodes de croissances économiques de plus en plus entachées par une croissance exponentielle des inégalités sociales mondiales.

Cela – pour une partie seulement de l’humanité – dans un confort certes disparate, en fonction de sa place dans l’ordre social, mais dans un cadre général où divers indices des Nations Unies se révélaient globalement de moins en moins négatifs, générations après générations.

Et voici qu’en l’espace de quelques années seulement, les vices cachés de notre ordre économique mondial dévoilent les uns après l’autre, l’ampleur de leur potentiel destructeur. (ref : article réservés aux abonnés – Le Monde)

Avec, au premier plan, une réalité extrêmement contraignante. L’environnement dans lequel nous vivons, nous est devenu globalement hostile.

Respirer, s’alimenter, s’abreuver, se soigner impliquent le plus souvent de recourir à des processus de contrôle de l’impact potentiel des résidus de nos processus industriels. Des baromètres, indices, campagnes d’information nous alertent sur nos façons de consommer biens et services.

Le temps de la recherche d’une relation équilibrée avec un environnement présupposé salvateur est révolu. Il y a sans doute, heureusement, encore moyen de favoriser des oasis de vie plus ou moins équilibrée, mais la prévalence des risques est incontestable.

Plusieurs aspects révélateurs de l’hostilité de notre environnement à nos façons d’exister se matérialisent très douloureusement, tels l’effondrement de la biodiversité, l’explosion de pollutions diverses, l’emballement du réchauffement climatique.

Sans oublier le tsunami social qui pointe son nez à l’occasion d’une seule pandémie, dont nous allons fêter cet hiver le premier anniversaire.

A l’évidence, le recours aux mirages d’un monde en croissance continue n’est plus de mise et nous ne sommes pas encore assez matures collectivement pour entrevoir une forme globale d’adaptation.

Le temps est venu, comme nous l’enseignent les épisodes sombres de notre histoire, de tester rapidement toute forme possible d’entraide et de solidarité.

Terminés les débats byzantins sur l’architecture du lieu, le bâtiment est en train de s’effondrer. Rien ne sert de râler sur les éventuelles incompétences du conseiller en prévention, il faut en sortir au plus vite. Utiliser les sorties de secours en l’état, en créer d’autres en urgence.

Faut-il pour autant oublier nos engagements humanistes ? L’équité sociale, l’égalité des genres, l’antiracisme, la solidarité, … ? Certainement pas. Mais la course au sauve-qui-peut est lancée.

C’est cela l’emballement. Les évènements se succèdent de plus en plus vite et ne suivent que leurs logiques propres. Le temps de l’analyse des risques potentiels est dépassé.

Nous allons inévitablement tâtonner longtemps encore. Heureusement, dans un monde où l’obscurantisme le plus crasse occulte les issues, l’élévation de balises, de repères, constitue un outil qui peut « sauver des vies ».

Ce rôle de phare dans la brume, de clocher dans le paysage vaut aussi bien pour notre santé mentale, que pour l’ensemble de nos activités.

En utilisant les outils les plus performants connus pour gérer les catastrophes – les sciences, l’expérience, la culture, l’humanisme, l’empathie, l’entraide, la solidarité – nous pouvons au moins rendre une cohérence à nos actes, un avenir à nos pensées.

Clôturons les recherches d’un seul chemin pour l’humanité. La globalisation de l’économie a, paradoxalement, fait éclater la notion d’avenir commun. Nos futurs se déclinent désormais au pluriel.

Pour les zones concernées par un dépérissement rapide des conditions agricoles, la recherche d’une réappropriation des sols pour leur redonner vie ne freine pas les départs massifs vers les villes, voire les pays ou continents moins impactés. Les formes d’adaptations locales cohabitent avec la fuite vers des zones moins hostiles.

Face à la disparition de plus en plus rapide d’emplois suffisamment rémunérateurs, des expérimentations sur les différentes formes de seuils de subsistance voient timidement le jour.

La création de seuils sociaux dignes de ce nom devrait intervenir rapidement, tant que nous en avons les moyens. Peu importe l’éventuelle diversités des formes. Du revenu universel à l’accès non monétarisé aux ressources essentielles, appliquons ces outils.

Et les impératifs économiques ? La sacro-sainte compétition ?

Pas mal d’idées circulent. Dont celle visant à la création de monnaies locales, régionales ou sectorielles. Monétariser différemment les parties salvatrices de l’économie pourrait donner un sérieux coup de pouce en différenciant les intérêts vitaux de la recherche du profit.

Vivre, par essence, c’est recourir à des ressources, dissiper de l’énergie pour traiter ces ressources et renvoyer dans l’environnement les résidus du processus.

Le temps est venu de privilégier ce qui est indispensable, de se débarrasser de ce qui est purement spéculatifs.

Nous continuerons à avoir besoin de roues, de grues, de livres. Les SUV, l’aviation de loisir, le réseau 5G sont à l’évidence des produits intéressants uniquement en terme de profit. Leurs coûts environnementaux n’est plus assumable.

Vue depuis le confort dont bénéficie encore la majorité d’entre nous, l’analyse pourrait paraître exagérée.

C’est oublier qu’en plus de ces constats, rien que pour contenir l’emballement climatique, nous devrions déjà réduire toute forme d’activités génératrices de gaz à effet de serre dans des proportions énormes. Il s’agit, ni plus ni moins, que d’un impact économique annuel supérieur à celui de l’actuelle pandémie …

Pour le dire autrement, non seulement nous devons parer les chocs en cours (chocs économiques, sociaux, sanitaires, environnementaux,…), mais sacrifier dans un même temps toutes les activités qui alimentent déjà aujourd’hui la puissance des catastrophes de demain.

Souvenons-nous, les conditions météorologiques actuelles sont l’expression de nos émissions des années 80-90. Et celles-ci ont crû de façon exponentielle depuis.

Et l’espoir ? Où est-il ? Comment gérer nos ascenseurs émotionnels ?

Sur ce plan également, les propositions « évidentes pour toutes et tous » n’ont plus cours. Méfions-nous des sciences occultes, des gourous plus ou moins bon marché, des idées toutes faites, des négationnismes et conspirationnismes.

Pour certaines et certains, ce sont les actes de solidarité qui apporteront de l’espoir. La fabrication en réseaux à bas coûts de matériel médical. L’organisation de distributions alimentaires. L’entraide concrète et matérielle.

Pour d’autres, ce seront d’autres types d’activités favorisant le lien social. Culture, sport, …

La psychologie nous apprend que dans les phases du deuil, passées celles du déni, de la sidération et de la colère, les « possibles » reviennent.

Sur des bases nouvelles. Sans oublier le passé. Mais en envisageant les opportunités avec un regard rationnel. Et nouveau.

Pas les « possibles » chantés par les adeptes de comportements sectaires ou messianiques, mais des possibles – encore mal perceptibles aujourd’hui – réalisables en fonction des contraintes du réel (physiques, chimiques, biologiques, …).

Prôner l’entraide, la solidarité pour que soient testés dans l’urgence des chemins différents, tout en restant rationnel, peut paraître être contradictoire.

Sans doute. Mais, n’est-ce pas le propre de l’efficacité dans le cadre d’une catastrophe ?

On s’appuie sur ses connaissances, mais aussi sur l’appréciation rationnelle immédiate.

La porte de secours est condamnée ? Rien ne sert de s’apitoyer. Il faut en chercher une autre en se servant des balises et repères existants.

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La « croissance verte » ne repose sur aucun fondement scientifique

Lectures essentielles

par Cédric Chevalier

Le caractère écologiquement insoutenable de la trajectoire sociétale belge, européenne et mondiale, est largement documenté scientifiquement depuis plusieurs décennies. La possibilité de la poursuite de la croissance, impliquée notamment par les politiques régionales, nationales et européennes officielles (qui continuent à en faire l’objectif politique principal dans leurs textes stratégiques), repose sur un mécanisme postulé, le découplage absolu. Avec le découplage absolu hypothétique, on peut rebaptiser la croissance, « croissance verte« , c’est-à-dire une forme hypothétique de « croissance soutenable ».

Il est donc essentiel de comprendre les tenants et les aboutissants de ce mécanisme si on veut inscrire la politique dans le réel, et dans l’intérêt général. L’enjeu n’est ni plus ni moins la possibilité de maintenir des sociétés humaines prospères sur la Terre (et dans notre pays). Le découplage absolu est une hypothèse qui exprime la possibilité que le PIB (tel que calculé actuellement) d’une zone géographique puisse continuer à croître tout en réduisant simultanément son empreinte écologique (ou pression environnementale globale), sur une période donnée.

Jusqu’à présent de nombreux découplages relatifs ont été observés, ce qui signifie que les impacts environnementaux croissaient certes, mais moins vite que le PIB. A partir du moment où une économie est insoutenable, un découplage relatif ne ramène pas l’économie sous le seuil de soutenabilité, toute croissance du PIB avec un découplage relatif aggrave la situation écologique. Il faut pour éviter cela un découplage absolu. Si on analyse la situation sous contrainte de maintenir la croissance économique, on comprend dès lors que ce découplage absolu soit vu comme une sorte de « Graal » par de nombreux rapports officiels (Global Resource Outlook 2019 de l’International Resources Panel par exemple).

Si des découplages absolus locaux (de courte durée, pour un nombre limité de variables environnementales et pour certaines entreprises, industries ou économies nationales) ont pu être observés, aucun découplage absolu général (de longue durée, pour un nombre représentatif de variables environnementales et pour l’ensemble de l’économie mondialisée) n’a été observé malgré tous les efforts en ce sens. Pourquoi contraindre l’observation à l’économie mondialisée ? Tout simplement parce que l’économie est mondialisée, et que l’observation de découplages locaux ne résout pas l’essentiel de la problématique de l’empreinte écologique. Il est de peu d’intérêt de déverser les déchets d’une ville dans une autre ville pour obtenir un découplage absolu local. Le climat, par exemple, est un phénomène qui a un caractère mondial et seul un découplage absolu des émissions de gaz à effet de serre mondiales par rapport à la croissance du PIB mondial peut infléchir le réchauffement climatique, sous contrainte de conserver l’objectif de croissance économique.

L’absence de preuve de découplage absolu général ne prouve pas son impossibilité future (on ne peut jamais prouver que quelque chose est à jamais impossible stricto sensu en logique) mais les faits empiriques actuels ne contiennent aucun élément tangible indiquant le moindre début de possibilité. De la même manière, on ne trouve aucun raisonnement théorique crédible permettant de valider la faisabilité du découplage absolu en principe. Même la fusion nucléaire n’est pas de nature à résoudre le problème de la croissance économique dès lors qu’un bulldozer électrique peut très bien raser une forêt pour y construire un centre commercial. L’absence d’avion avant 1900 ne prouvait pas que le vol était impossible, mais la faisabilité du vol avait déjà été démontrée empiriquement avant 1900, ce qui n’est pas le cas du découplage absolu, dont on ignore par quel mécanisme biophysique réel il pourrait advenir.

Certains diront « oui mais le PIB est une convention, un indicateur construit, changeons de convention et nous pourrons maintenir la croissance ! » Voilà une très singulière conception du langage et des choses. A nouveau, il ne s’agit pas de remettre en question la volonté de croissance économique matérielle et quantitative, mais de formuler une redéfinition du PIB pour qu’on puisse le faire croitre mathématiquement tout en abaissant l’empreinte écologique.

Si un tel indicateur est possible et a le moindre sens pour le gouvernement des sociétés, il n’importera plus qu’il croisse effectivement. Mais cette critique manque son but : le problème n’est pas que les politiques règlent volontairement le thermostat de la croissance économique (ce dont ils rêveraient et ce à quoi ils n’ont pas accès heureusement, vu ce qui précède). Le problème est que l’essentiel de la pensée économique dominante, qui guide la politique actuelle, est fondée sur une démarche qui vise à faire le maximum pour obtenir une croissance du PIB en retour. La croissance du PIB est ardemment souhaitée, voulue, et les politiques sont conçues pour la maximiser. Dès lors ne tirons pas sur l’indicateur mais sur le phénomène qu’il mesure : la croissance matérielle, quantitative, perpétuelle, de la sphère des activités économiques humaines sur la planète. Cette croissance-là ne semble s’accompagner d’aucun découplage, et il n’y aucune raison de croire qu’il en sera jamais autrement.

Dès lors, une conclusion s’impose : la croyance en le découplage, et donc en la possibilité de la croissance verte, est rationnellement et scientifiquement injustifiable. Éthiquement, sans preuve de découplage absolu, vu notre trajectoire insoutenable et vu les faits empiriques qui démontrent l’étroite corrélation entre croissance du PIB et empreinte environnementale et l’absence de démonstration théorique de la faisabilité du découplage absolu, il semble pour le moins interpellant, si pas criminel, de continuer à ne pas remettre en question l’objectif ultime de la croissance. En histoire et en sociologie, une idée qui ne souffre pas de contestation et qui se maintient face aux démentis du réel est appelée un dogme. Quand un dogme concerne la prospérité et la santé humaine, et qu’il n’est pas fondé sur le réel, il peut provoquer des destructions matérielles et humaines considérables (et ces destructions sont particulièrement bien documentées par la science).

On peut constater que la Commission européenne continue à axer son Green Deal sur cette croissance verte, contre les meilleures données scientifiques, sans parler des autres gouvernements en Europe et dans le monde, et en Belgique.

De facto, la croyance en le découplage et donc la faisabilité d’une croissance « verte » peut s’assimiler à une sorte de théorie moyen-ageuse de la Terre plate, qui domine notre imaginaire et nous confine dans une impasse… malgré tous les démentis du réel.

Nous continuons à chérir les effets dont nous ignorons les causes en somme…

Mais comme pour Copernic et Galilée, les scientifiques, patients, accumulent les données. De plus en plus de personnes éduquées peuvent observer elles-mêmes les résultats de la science, qui sont réplicables et falsifiables, et en conclure que la croissance verte est une illusion, qui ne permettra pas de sauver le dogme de la croissance.

Des livres entiers ont été écrits sur ces périodes d’aveuglement historique à la science. Il semble que malgré le Siècle des Lumières, nous n’y échappions toujours pas.

Vous trouverez ci-dessous de nouvelles études scientifiques qui actualisent les constats précités.

Je vous en souhaite une bonne lecture,

Cédric Chevalier

Coauteur de Déclarons l’Etat d’Urgence écologique

NB : comme la science est fondée sur le débat contradictoire basé sur les faits, j’invite évidemment chacun à partager toute formalisation théorique ou analyse empirique qui démentirait les constats précités.

Lectures essentielles

« Les chercheurs du BIOS constatent qu’il y a certainement des cas évidents où l’utilisation des ressources semble diminuer alors que le PIB augmente. Mais ces cas sont limités à des secteurs économiques spécifiques ou à des régions géographiques particulières, et sont toujours liés à une intensification de l’utilisation des ressources ailleurs.

Le problème est qu’il n’y a « aucune preuve d’un découplage absolu et continu des ressources au niveau mondial ». […]L’étude a passé en revue 179 études scientifiques sur le découplage publiées entre 1990 et 2019 et a constaté, en bref, que : « Les faits ne suggèrent pas qu’un découplage vers la durabilité écologique est en train de se faire à une échelle mondiale (ou même régionale). »

Le découplage n’est donc pas un concept véritablement scientifique, affirment-ils. Il s’agit plutôt d’une simple « possibilité abstraite qu’aucune preuve empirique ne peut réfuter, mais qui, en l’absence de preuves empiriques solides ou de plans détaillés et concrets, repose en partie sur la foi ».»

Les deux articles sources :- « Raising the bar: on the type, size and timeline of a ‘successful’ decoupling » : https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/09644016.2020.1783951

« Decoupling for ecological sustainability: A categorisation and review of research literature » : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1462901120304342

Voir aussi, une autre étude récente en deux parties :

– « A systematic review of the evidence on decoupling of GDP, resource use and GHG emissions, part I: bibliometric and conceptual mapping » : https://iopscience.iop.org/article/10.1088/1748-9326/ab8429

– « A systematic review of the evidence on decoupling of GDP, resource use and GHG emissions, part II: synthesizing the insights » : https://iopscience.iop.org/article/10.1088/1748-9326/ab842a/meta

(Publié par Loïc Giaccone)
https://www.vice.com/fr/article/qj4z9p/la-croissance-verte-est-un-mythe?fbclid=IwAR3KCKxIJjrmKxwu1rbidfEAOnddvLZVJhM2S-yOfsd-8FORFiiKJ7idmhk

Dans la veille documentaire, voir :
http://www.cdeclin.be/docs.php?motclefspec=croissance%20verte

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Comment perdre la guerre ?

Quelle chute à l’histoire industrielle ?

Paul Blume
co-animateur du groupe de réflexion 1

Comment ne pas être détruits par nous-mêmes ?
Nous menons une guerre contre la nature et si nous gagnons nous sommes perdus

Hubert Reeves
2

Image Sasint – pixabay

Une fois l’élan pris, on n’a plus le choix. Rien ne sert de regretter l’impréparation; le possible mauvais calcul de la distance. Il ne reste que la possibilité de chuter et d’amortir le choc.

L’urgence est dépassée

Il devient de plus en plus compliqué d’évoquer :
la biodiversité 3, le climat 4, les épidémies 5, l’agriculture 6, l’alimentation 7, l’accès à l’eau potable 8, l’accès aux ressources 9, l’accès aux énergies fossiles 10, les pollutions 11, la finance internationale 12, … sans envisager des risques imminents d’effondrement.

Pourtant, les principaux courants de la pensée moderne semblent incapables d’intégrer cette finitude de la société industrielle. Les représentations politiques et sociales des philosophies nées pendant la croissance (l’élan…) continuent de chercher des réponses à des questions qui ne se posent plus.

Et de continuer de mener cette guerre mortifère à la nature…

On continue de tordre les réalités biologiques, chimiques, physiques au profit des idéologies consuméristes et au mépris de l’indispensable prise de conscience de l’instant historique (la chute en cours…). Les différents bataillons de l’écologie politique, les missiles bolsonaro-trumpistes, les diverses unités néo-libérales ou anti-capitalistes s’engagent en formations dispersées dans des batailles perdues d’avance.

Nous n’avons plus le temps !

Occulter l’état du terrain n’a aucun effet sur le pronostic de la bataille. Se priver d’un diagnostic empêche la recherche de potentielles adaptations. Que celles-ci relèvent plus de la médecine de catastrophe que d’une enthousiasmante villégiature n’y change rien.

Nous devons absolument perdre.

Nos munitions – CO2, pollutions diverses, atteintes à la biodiversité, épuisement des ressources … – se retournent contre nous. L’air que nous respirons, l’eau de pluie, les terres qui supportent notre agriculture, les océans de nos réserves halieutiques sont pollués. Vivre devient de plus en plus dangereux … 13

Désengagement unilatéral immédiat.

Perdre cette guerre, telle est notre gageure. Ralentir, s’arrêter, reculer avec humilité. L’homo économicus ne dominera pas la nature.

Il est plus qu’urgent de désengager nos GES (gaz à effet de serre), nos pollutions (microparticules, molécules diverses, pesticides, plastiques, engrais chimiques…), notre aviation (vacances, conférences, mini-trips, transport …), notre marine (macro-conteneurs, chalutiers industriels, villes-croisières, …) etc… ; de réduire drastiquement notre consommation d’énergies fossiles (transports, productions industrielles, agriculture mécanisée, …), notre occupation territoriale (béton, déforestations, routes, …).

La liste de ces indispensables désengagements est longue et les conséquences à court terme extrêmement peu enchanteresses. Cela implique d’énormes sacrifices. En terme de libertés, d’emplois, de qualité de vie, de confort.

Mais nous n’avons plus le choix.

Il n’y aura pas d’armistice ! Pas de négociations

En plus de la puissance de feu de ces armes qui se retournent contre nous, s’annoncent des basculements qui nous entraînent vers de profondes modifications des conditions même de toute vie sur terre.

Pour ne reprendre que l’aspect climatique, et ses conséquences directes, c’est l’habitabilité d’aires géographiques énormes qui est remise en cause. Sans compter que les zones les moins touchées vivront des écarts de températures et d’hygrométrie difficilement supportables pour l’être humain et cela plusieurs fois par an. 14

Tomber les armes. Assumer et s’adapter.

Il y aura de la casse, on le sait. Et qui viendra s’ajouter aux inégalités économiques et sociales déjà existantes. Aux conflits régionaux et aux guerres civiles. Aux injustices, à la paupérisation et aux famines.

L’enjeu est d’amortir, atténuer, s’adapter et éviter ce qui est encore évitable.

Les moyens dérisoires mais indispensables se nomment : entraide, solidarité, sobriété, ingéniosité, courage, humilité.

Avec quel commandement ? Quelles troupes ?

A voir les décisions des structures étatiques et supra-étatiques face à la pandémie de Covid-19, on peut raisonnablement se poser des questions quant à la responsabilité des femmes et des hommes censés orchestrer ce retournement de paradigme.

La part la plus importante des citoyennes et citoyens n’est, à l’évidence, pas non plus du tout partie prenante de cet ultime combat.

Mobiliser implique de conscientiser

Nous nous sommes gargarisés pendant des décennies d’économie circulaire, d’économie ou croissance verte, de transition positive, de résilience globale, de développement durable, d’énergies renouvelables, de gestes quotidiens, de sobriété joyeuse sans détourner, fût-ce de quelques millimètres nos canons de l’ennemi : la vie.

Soit nous mettons en place les parachutes, les canots de sauvetage, les abris, les procédures sanitaires, les répartitions des ressources, … avec comme objectif commun d’encaisser solidairement les chocs;
soit, comme nous le dit Gaël Giraud 15 :

… les images qui sont à la fin de la bible, dans le livre l’Apocalypse, ne seront plus à lire de manière allégorique, pour aider le lecteur à grandir spirituellement, mais de manière littérale, c’est-à-dire un véritable désastre humanitaire.

https://www.youtube.com/watch?v=l2RwN1U9lac
  1. http://cud.reseautransition.be/[]
  2. http://www.humanite-biodiversite.fr/article/hubert-reeves-invite-par-une-association-affiliee-a-la-notre[]
  3. Comment stopper la 6ème extinction de masse ? Jean Marc Gancille | TEDxRéunion[]
  4. Focus climat – plus de 2 degrés[]
  5. La destruction des écosystèmes par l’humain favorise l’émergence d’épidémies – Courrier international[]
  6. Notre système alimentaire actuel ne peut nourrir que 3.4 milliards de personnes de manière durable – Jonathan Paiano[]
  7. Le secrétaire général de l’ONU met en garde contre une crise alimentaire mondiale[]
  8. L’eau, élément essentiel de la solution aux changements climatiques – ONU[]
  9. En cinquante ans, l’extraction de ressources a plus que triplé dans le monde – Julien Guillot et Nathan Mann[]
  10. La crise du Covid-19 accélère le « déclin final » des énergies fossiles, selon Carbon Tracker[]
  11. Arctique: après le micro-plastique, les fibres de jeans – Bob Weber[]
  12. Le changement climatique causera la prochaine crise financière – Courrier international[]
  13. de futures zoonoses ?[]
  14. L’effondrement de la civilisation est le résultat le plus probable selon des climatologues éminents – pdf[]
  15. Gaël Giraud dans la veille documentaire[]